En pleine période estivale, j’apprends à la lecture du Monde (7 août 2021) que l’association GENEPI (groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) s’est sabordée.

La raison avancée ? Une radicalisation du mouvement, hostile à toute forme d’enfermement.

Voilà qui s’appelle une énorme bêtise !

Dans le logo du GENEPI, ce qui compte c’est la main tendue à travers les barreaux entre des étudiants souvent novices mais désireux de partager et un monde carcéral difficile, spécialement en maisons d’arrêt.

Le résultat de ces enseignements en détention était souvent modeste : pendant deux heures, une fois par semaine, nous offrions à un public carcéral diversifié (hommes, femmes, mineurs) la possibilité de s’ouvrir au monde, d’échanger, d’apprendre, de comprendre.

Deux heures, des enseignants non professionnels, cela peu paraître peu.

En réalité, c’est énorme !

Des détenus ont repris des études, ont réappris à parler devant les autres, sont sortis de l’enfermement dans lequel ils étaient placés.

Quant aux étudiants participants, ils étaient les seuls non professionnels à entrer en détention.

Le dialogue ne se nouait pas seulement avec les détenus mais également avec l’univers carcéral dans son entier (la direction, les surveillants, les services sociaux…).

C’était aussi une formidable expérience pédagogique (je peux le dire : j’ai appris mon métier de pédagogue… en détention).

Je n’ai qu’un souhait : que le GENEPI renaisse au besoin sous un autre nom pour renouer avec cette image de main tendue entre le monde carcéral et le monde extérieur.

Jean-Sylvestre Bergé

Membre du GENEPI (1986-1989), ancien responsable de la section de Toulon